MINUSMA/Harandane Dicko – Un Casque bleu nigérien pose devant le drapeau des Nations Unies à Ménaka, dans le sud-est du Mali.

New York, USA, le 29 août 2023 -/African Media Agency(AMA)/–Le chef de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) a prévenu lundi les membres du Conseil de sécurité que la clôture de la Mission en six mois, après dix ans de présence dans le pays, était une entreprise « complexe et ambitieuse ».

Le Conseil de sécurité a pris la décision, le 30 juin, de mettre un terme au mandat de la MINUSMA, conformément à la demande des autorités maliennes, demandant que la fermeture soit achevée avant le 31 décembre 2023. 

« La MINUSMA a établi un groupe de travail intégré afin d’élaborer un plan de réduction et de retrait de la Mission. Ce plan prévoit un retrait et un rapatriement du personnel et des équipements et matériels déployés dans les zones d’opération de la MINUSMA, selon un calendrier et un ordre séquentiel précis, tout en gardant à l’esprit l’exigence d’un processus ordonné et conduit en toute sécurité », a expliqué M. Wane dans un exposé lors d’une réunion du Conseil consacrée à la situation au Mali. 

© MINUSMA/Harandane Dicko – Des soldats de la paix du contingent nigérien de la MINUSMA dans l’est du Mali.

Un retrait en deux phases

« Clôturer une mission bâtie sur une décennie en l’espace de six mois est une entreprise complexe et ambitieuse », a-t-il ajouté. 

Concrètement, cela implique le rapatriement de 12.947 personnels en uniforme, la séparation de 1.786 personnels civils, le rapatriement et/ou la relocalisation d’un chargement d’environ 5.500 conteneurs maritimes de matériel des contingents et appartenant à l’ONU et de près de 4.000 véhicules, ainsi que le fermeture et remise de 12 camps et d’une base opérationnelle temporaire aux autorités civiles maliennes. 

« La tâche est rendue encore plus difficile par une multitude d’autres contraintes liées à la géographie, au climat, à la logistique et aux infrastructures. À cela s’ajoutent les risques sérieux liés à la situation sécuritaire actuelle », a souligné le chef de la MINUSMA. 

Le retrait et la fermeture de la Mission se déroulent en deux phases jusqu’au 31 décembre, suivies de la période de liquidation, qui débutera le 1er janvier 2024. 

La première phase a débuté le 17 juillet et s’est concentrée sur la fermeture des avant-postes les plus petits et les plus éloignés des super camps de Tombouctou, Gao et Mopti et sur la réduction de l’empreinte géographique de 25%. Le 25 août, cette phase a été achevée avec la fermeture de la base de Ménaka. Au début du mois d’août, ont été successivement fermés la base opérationnelle temporaire d’Ogossagou, dans la région de Bandiagara au centre du Mali, ainsi que les camps de Ber et Goundam, dans la région de Tombouctou. 

Selon El-Ghassim Wane, des progrès notables ont été accomplis à ce jour, et l’ONU reste sur la bonne voie pour la fermeture de la Mission d’ici au 31 décembre, mais « des difficultés se sont présentées dans la mise en œuvre de cette première phase du plan de retrait ».  

UN Photo/Loey Felipe – El-Ghassim Wane (sur l’écran), Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali, fait exposé devant les membres du Conseil de sécurité.

Retrait de Ber difficile

Selon lui, l’expérience de la fermeture du camp de Ber a été révélatrice. Le dernier convoi de Casques bleus, d’équipements et de matériels qui s’est retiré de Ber pour rejoindre la ville de Tombouctou a mis 51 heures pour parcourir les 57 kilomètres du trajet en raison de la nature du terrain, qui est peu favorable – une situation aggravée par la saison des pluies – et de l’insécurité. 

Ce convoi a été attaqué à deux reprises par des éléments extrémistes non identifiés, blessant quatre Casques bleus et endommageant trois véhicules avant d’arriver à Tombouctou, a-t-il précisé. 

« Le retrait de Ber s’est également avéré difficile sur le plan politique, les autorités maliennes et les Mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali étant en désaccord sur le sort du camp après le départ de la MINUSMA. Pour sa part, et en raison de l’extension des affrontements à la zone de Ber et des risques que la situation posait pour la sécurité des Casques bleus, la Mission a dû avancer son départ du camp », a expliqué M. Wane. 

De même, les convois transportant du matériel et des équipements des bases de Goundam et d’Ogossagou ont été la cible d’engins explosifs improvisés, tandis que le dernier convoi de Gao à Ménaka a également été pris pour cible par des éléments extrémistes, sans causer ni dégâts matériels ni pertes en vies humaines. 

Impact de la situation au Niger

La deuxième phase du processus de réduction des effectifs et de retrait, qui est entamée maintenant, se déroulera jusqu’au 15 décembre. Elle se concentrera sur la fermeture de 6 bases (Tessalit, Aguelhok et Kidal, au Nord, Douentza et Mopti, au Centre, et Ansongo à l’Est). Le personnel, les équipements et matériels concernés seront redéployés dans les super camps de Tombouctou, Gao et Bamako, avant d’être rapatriés dans leurs pays respectifs. 

« Cette phase sera extrêmement difficile. Les convois devant évacuer le personnel, les équipements et matériels de Tessalit, Aguelhok et Kidal vers Gao, par exemple, devront parcourir 563 km dans chaque sens pour Tessalit, 415 km pour Aguelhok et 352 km pour Kidal. Il faudra au moins 1.050 camions pour transporter tous les équipements et matériels appartenant aux contingents et ceux appartenant aux Nations Unies. Le terrain est difficile et l’insécurité omniprésente », a expliqué l’envoyé de l’ONU aux membres du Conseil. 

Il a noté que le retrait du matériel et des équipements de Tombouctou à Mopti, outre les problèmes de sécurité, se heurte à des contraintes logistiques.

« Nous ne pourrons transporter plus de 6 conteneurs par jour par barge sur le fleuve Niger durant les mois navigables d’août à novembre. Avec de telles limitations, le retrait des 2.000 chargements prévus de Tombouctou vers des zones de transit à l’étranger nécessitera l’identification d’itinéraires supplémentaires », a-t-il précisé. 

Selon le chef de la MINUSMA, la situation au Niger a également un impact sur le plan de retrait qui repose sur l’utilisation des zones de transit de Cotonou et de Lomé. « Il est essentiel que nous puissions transporter des équipements et des matériels à travers le Niger jusqu’à ces ports pour leur rapatriement subséquent vers les pays contributeurs de troupes et de police concernés », a-t-il souligné. 

Dimension politique

Outre les contraintes logistiques, et de sécurité, la fermeture de la MINUSMA comporte également une dimension politique. 

Selon M. Wane, cela était prévisible, « étant donné que la présence de la MINUSMA dans ces avant-postes du nord a contribué au respect par les parties signataires du cessez-le-feu et des arrangements sécuritaires, tout en soutenant également la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation de 2015 ». 

Le retrait intervient dans un contexte marqué par la paralysie des structures de suivi de l’Accord de paix, qui ne se sont pas réunies depuis novembre de l’année dernière, et par un grave déficit de confiance entre les Parties. 

« Sans surprise, les Parties ont adopté des positions divergentes sur le sort des camps qui seront libérés par la Mission. À cet égard, les autorités de transition ont signifié à la Mission qu’elles entendent reprendre tous les camps de la MINUSMA après leur évacuation, soulignant que l’Accord de paix n’abroge pas la responsabilité de l’État d’assumer le contrôle de son territoire afin de protéger les populations et d’assurer la sécurité. Les Mouvements signataires, en revanche, notamment la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), ont invoqué les arrangements sécuritaires de 2014 pour objecter au déploiement des forces armées maliennes dans les zones qu’ils contrôlent et insister sur la nécessité d’opérer dans le cadre de l’Accord de paix », a-t-il expliqué. 

Le chef de la MINUSMA a jugé encourageant de constater que les parties prenantes ont conscience de la délicatesse du processus de clôture de la Mission et de la nécessité de le gérer avec prudence.

« Les autorités maliennes, lors de plusieurs réunions avec moi ainsi qu’avec le Secrétaire général adjoint Lacroix lors de sa visite au Mali il y a deux semaines, ont souligné qu’il n’y avait aucune intention d’entrer en confrontation avec les Mouvements signataires, soulignant leur engagement au dialogue pour résoudre tout problème qui pourrait survenir et les efforts déployés à cette fin. De même, les Mouvements ont également exprimé leur volonté de résoudre les différends de manière pacifique et de contribuer à la création des conditions nécessaires à la reprise du processus de paix. Il est maintenant du devoir des Parties de transformer ces expressions de bonne volonté en mesures concrètes, afin d’éviter une crise tout aussi dangereuse que mal venue, et de faire avancer la cause de la paix et de la réconciliation au Mali, prenant en cela appui sur les avancées enregistrées ces huit dernières années, y compris la fin de la belligérance armée », a-t-il dit.  

Hommage au sacrifice de Casques bleus

Alors que la MINUSMA entame son dernier chapitre, El-Ghassim Wane a exprimé sa gratitude aux pays contributeurs de troupes et de personnels de police « pour leur engagement remarquable » et a rendu hommage aux Casques bleus, « dont plusieurs ont fait le sacrifice ultime pour la cause de la paix et de la stabilité au Mali ».  

« La MINUSMA a eu un impact tangible sur le terrain et apporté un soutien inestimable aux autorités et au peuple maliens, dans ce qui s’est avéré être l’une des opérations de maintien de la paix les plus difficiles jamais déployées par les Nations Unies », a-t-il déclaré. 

« La MINUSMA quitte le Mali, mais les Nations Unies, par l’intermédiaire de leurs agences, fonds et programmes, y restent. Leur travail n’a jamais été aussi vital qu’aujourd’hui ».

Distribué par  African Media Agency (AMA) pour Onu Info.

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